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Parler de moi, c'est pas facile

Le scénario du Yemen peut-il s'adapter à la Mauritanie ?

Publié le 28 Octobre 2012 par Tigoulli Ana Tir

Ali Abdallah Saleh, l'ex-président du Yemen, et Mohamed Ould Abdel Aziz de Mauritanie présentent de fortes similitudes quant à leur façon de gouverner et à la nature de leurs régimes. De plus, si l'on compare les deux sociétés, le Yemen et la Mauritanie sont incontestablement deux copies conformes au sens sociologique du terme. De même que les destins des deux hommes semblent rencontrer les mêmes drames résultant de leurs statuts. Par conséquent, le questionnement sur l'éventualité en Mauritanie d'une sortie de crise politique à la yéménite devient plus que légitime.

Par rapport à la façon de gouverner, Ali Abdallah Saleh et Mohamed Ould Abdel Aziz ont eu recours, tous deux, à leurs tribus respectives afin d'instaurer un "pouvoir du clan" et s'assurer ainsi la loyauté des leurs en toute circonstance. Dés lors, dans l'imagination de l'entourage , la chute du régime devient la chute de tout le clan. A ce sujet, aucune démonstration n'est nécessaire pour le cas du Yemen et le défilé motorisé organisé par le cousinage direct de Aziz hier soir à Nouakchott démontre, s'il en était encore besoin, que nous sommes en présence d'un clan au pouvoir en Mauritanie. Du moins c'est ce qu'ils pensent.

Ajoutons à cela que les deux hommes, dans leur ivresse du pouvoir, ont mélangé la chose publique et le patrimoine personnel. Les postes clés administratifs et militaires sont confiés à des personnes entretenant des rapports sanguins ou matrimoniaux avec le Palais sans aucune considération de la compétence ou de l'aptitude des "parachutés" à remplir les fauteuils. Leur gestion ou partage des richesses et des ressources nationales qu'elles soient naturelles ou financières est basée sur les seuls critères de la "loyauté au régime" et les "dividendes" que les citoyens ou les opérateurs économiques bénéficiares leur reverseraient via une multitude de sociétés-écrans sorties ne nulle part et autres "fondés de pouvoir" désignés par eux.

Et pour mettre la cerise sur le gâteau, les deux régimes se sont auto-proclamés, pour les beaux yeux de l'Occident et contre l'avis de leurs classes politiques, "guerriers de la liberté" brandissant leurs armes contre les salafistes d'AQPA dans la péninsule arabique et d'AQMI au Maghreb arabe et au Sahel. Deux branches de la redoutable nébuleuse Al-Qaida. Depuis ces déclarations de guerres perdues d'avance, le Yemen et la Mauritanie ont été classés par leurs meilleurs alliés comme pays à haut risque et ont, par conséquent, déconseillé vivement à leurs ressortissants et entreprises de s'y rendre ne serait-ce que pour dépenser quelques euros ou dollars.

Et comme on pouvait s'y attendre, les deux hommes ont été, dés le lendemain de la chute de Ben Ali en Tunisie, la cible d'une contestation pupulaire et politique, sans précédent chez eux, exigeant un changement de régime par des voies que seuls les militaires ou les assassins peuvent emprunter.

Le 3 juin 2011, Ali Abdallah Saleh fut l'objet d'un attentat à l'obus à l'intérieur même de la Mosquée située dans l'enceinte de la Présidence du Yemen. Il eut la vie sauve mais dut céder le pouvoir au vice-Président secondé par un gouvernement d'union nationale chargé d'organiser des élections libres et transparentes. La tentative d'assassinat était l'oeuvre du clan avderse. Les fameux "Al-Ahmar", ses cousins germains pourant. Le scénario de succession à Ali Abdallah Saleh a été élaboré et mis en oeuvre par l'Arabie Saoudite, puissance régionale et pays qui l'a accueilli pour soins.

Le 13 octobre 2012, Mohamed Ould Abdel Aziz a été gravement touché par balles à l'abdomen. A l'exception de lui, du ou des tireurs et du Général Ghazwani, son confident et ex-beau frère, nul autre mauritanien ne peut encore prétendre connaître la vérité sur ce qui s'est passé et surtout le lieu où s'est déroulé le drame. La version officielle étant définitivement enterrée. Aussi, à l'exception des médecins militaires de l'hôpital militaire de Percy-Clamart à Paris, du Président Hollande et du ministre de la défense français nul n'est au parfaim de l'état de santé réel de Aziz à ce jour ni de ses chances de survie.

Ainsi donc, si la page de Ali Abdallah Saleh est définitivement tournée au Yemen, celle de Aziz en Mauritanie semble encore "à l'étude" en France entre l'Elysée, Matignon et l'Hôtel Brienne (siège du Ministère de la défense français). Mais les officiers mauritaiens de tous grades et une grande partie de la classe politique semblent, de plus en plus, s'impatienter et le font savoir par les rumeurs et le travail de sape qu'ils réservent à toute information émanant de l'entourage parental de Aziz et susceptible de le maintenir au pouvoir ne serait-ce que médiatiquement.

S'oriente-t-on, inéluctalblement, en Mauritanie vers le scénario déjà expérimenté au Yemen pour sortir de la crise avec la bénédiction des généraux ? Ou assistera-t-on à une tentative de coup d'état militaire fomentée par des jeunes officiers pour barrer le chemin à Ghazwani et compagnie et qui ouvrira des voies incertaines devant notre pays ?

Les jours à venir seront décisifs.

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