Au moment où les plus fantaisistes parmi nous s'attendaient à la veille de la fête de l'Aid El Adha (fête du Sacrifice musulman), à une brève allocution télévisée de Aziz, supposé sorti de l'hôpital et en convalescence volontaire en France, les mauritaniens ont été choqués par un message "écrit" dont il est supposé être l'auteur et lu par un présentateur de la Télévision de Mauritanie (TVM) en troisième titre du journal télévisé de 20 heures 30. Une première à plus d'un titre.
Primo, jamais un Président aussi éloquent soit-il et aussi bien-portant qu'il soit n'a jamais prononcé ni adressé le moindre message aux mauritaniens à l'occasion de la fête d'El Adha. Les trois sorties traditionnelless des Présidents mauritaniens sont, depuis toujours, respectivement à la veille du mois de Ramadan et à l'occasion de l'Aid El Fîtr (rupture du jeûne) et de la fête nationale du 28 novembre.
Secundo, jamais un Président mauritanien ne s'est adressé au peuple par écrit fut-il à une occasion non conventionnelle ou pour adresser de simples voeux "officieux".
Tertio,jamais au grand jamais, la TVM n'a "décalé" une information relative au "Président" au second et encore moins au troisième titre de son journal télévisé. Les techniciens de la "petite boite" vous diront que quand bien même il leur arrive d'accuser un retard dans le montage d'un "élément" présidentiel devant passer à la "une", le journal télévisé tout entier est lui-même reporté de 30 minutes au moins. Nous avons assisté à ce cas d'espèce à plusieurs reprises. C'est ce qu'on appelle en jargon journalistique "le décalage du JT".
S'agissant du procédé lui-même, c'est à dire le message écrit au dactylo et lu non pas par le Premier Ministre assurant de fait l'intérim mais par un simple speaker de la TVM, il est venu relancer la spéculation sur l'état de santé réel de Aziz et justifier substantiellement les inquiétudes émises par une grande partie de la classe politique et par d'éminents juristes quant au vide constitutionnel probable en Mauritanie. Ce message "écrit" est venu en effet, contre toute attente, jeter un discrédit sur l'affirmation de l'équipe médiatique de l'ambassadeur de Mauritanie à Paris faisant état du bon rétablissement de l'état de santé de Aziz et même de sa sortie de l'hôpital militaire Percy-Clamart à Paris. Déjà que cette "bonne nouvelle" n'a jamais été diffusée par la TVM ni citée par l'AMI bien que relativement médiatisée par RFI, l'AFP et Reuters tout en prenant toutefois la précaution de la formuler au conditionnel journalistique et de citer leurs sources.
Censée corroborer, au moins, la thèse de la guérison de Aziz et sa sortie de l'hôpital, la TVM et donc le ministère de la communication ont, dés le lendemain de la diffusion de ce message, semé le doute dans les esprits des plus optimistes d'entre nous, ceux justement qui voulaient encore croire au scénario des "balles par erreur" et du "retour imminent" de Aziz. Un véritable travail de sape qui contribuera, en cas de non retour de Aziz bien portant dans la semaine, à mettre au devant de la scène la question du vide constitutionnel et ses différentes interprétations. Cette fois-ci, le vide constitutionnel sera apprécié avec plus d'objectivité et moins de crainte car beaucoup de mauritaniens se posent aujourd'hui la question si nous ne sommes pas gouvernés depuis plus de deux semaines par des fantômes. Ce sentiment s'est vu aggravé, à la veille de la fête du Sacrifice, par la publication d'un décret de la Présidence de la République annonçant le dimanche 18 octobre "journée chômée et payée". De pareils décrets peuvent-ils être signés en l'absence du Président et surtout en l'absence de tout acte de délégation de pouvoirs rendu publique au préalable ? Un flou supplémentaire dont la Mauritanie pouvait assurément se passer.
Une chose, une seule, est toutefois certaine aujourd'hui : quelque part, quelqu'un d'assez influent et très malin tient à saboter toutes les tentatives de maintenir médiatiquement Aziz dans le coup et surtout persiste à entretenir politiquement le doute autour de sa capacité à renouer avec le pouvoir en Mauritanie. Cela devient même amusant : un véritable jeu de saute-mouton. Un jeu connu pour sa monotonie et surtout pour le nombre illimité de ses joueurs.
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