Maintenant que la version officielle du "tir par erreur" sur la personne de Aziz est définitivement démontée, pour ne pas dire démentie, par l'auteur présumé lui-même, le porte-parole des Forces Armées et le présentateur de la Télévision de Mauritanie, les mauritaniens sont en droit de passer au scénario le plus vraisemblable. Ce scénario n'est autre que la tentative d'assassinat que les autorités militaires se sont efforcées d'écarter mais qui, de fait, répond aux multiples questions auxquelles la version officielle du "tir ami" n'a pu apporter la moindre explication logique.
Il y'a des faits étranges survenus le soir du 13 au 14 octobres que nul mauritanien -pas même les professionnels de la propagande- ne peut démentir. Ces faits sont avérés et ne peuvent constituer de simples coîcidences. En voici les plus significatifs.
1. Le voisinage immédiat de la Présidence de la République à l'Ilôt C s'accorde à dire qu'il a entendu plusieurs tirs dont la source la plus probable est l'enceinte de la Présidence. Cette information a circulé, dès 19 heures, bien avant qe l'on apprenne que Aziz se trouvait blessé à l'hôpital militaire. Très vite l'attention des mauritaniens et des médias s'est tournée du côté du Ksar. Ensuite la trêve a été acconcée et personne ne voulait plus mettre son nez en dehors du champs mal tracé par la version officielle de la route d'Akjoujet. Mais le fait est encore là.
2. Depuis le 7 octobre courant, les nouakchottois ont constaté la présence inquiétante des forces de sécurité (Police et jeunots du Général Messgharou) et de lutte contre le terrorisme (Gendarmerie et unités spéciales de l'armées dans certains quartiers). Or le soir du fameux tir, vers 20 heures 30 et après avoir effectué leur déploiement habituel dans les quartiers de Nouakchott, ces forces de sécurité et de l'armée ont été sommées de regagner leurs commissariats, bases et casernes respectives. Etrange réaction sécuritaire peu de temps après que la nouvelle de la blessure de Aziz se soit totalement répandue dans tout Nouakchott. Ce n'est que vers 3 heures du matin que quelques voitures Land Cruiser de la Police (seulement) se sont discrétement déployées aux abords des grands axes de la Capitale sans que les agents n'en descendent. Quelqu'un pensait utile de "démettre" provisoirement les forces de sécurité et de l'armée de leur mission statutaire. Qui et pourquoi ?
3. Le Ministre de la Communication, Mr Hamdi Ould El Mahjoub, qui n'a pu accéder à Aziz le soir du 13 octobre à l'Hôpital Militaire du Ksar a reçu, vers 20 heures 10 minutes, une instruction verbale du Général Ghazwani l'invitant "poliment" à se diriger vers le siège de la Télévision de Mauritanie en attendant de recevoir d'autres instructions. Selon ses propres dires : quelques minutes avant 20 heures 30, il a été instruit par un appel téléphonique du même Général Ghazwani sur les "détails" de l'incident qu'il devait annoncer sans attendre aux téléspectateurs. Le Premier Ministre qui n'avait pas encore pu, également, accéder à Aziz trainait pourtant en ce moment même dans l'enceinte de l'hôpital militaire. Pourquoi l'Armée Nationale a-t-elle pris les choses en main très tôt et sans s'en référer au Premier Ministre ? Que voulait-elle anticiper en son sein et pourquoi toute cette précipitation ?
4. La constitution prévoit qu'en cas vacance du pouvoir constatée par le Conseil Constitutionnel, le Président du Sénat devrait prêter sement, diriger le pays sans attributions présidentielles et organiser des élections dans les 90 jours suivant son investiture. Or, le Président du Sénat, Mr Ba Mbaré, qui se trouvait déjà à Paris pour soins ordinaires n'est jamais rentré en Mauritanie et se fait, depuis, tout petit dans son petit coin au lieu de sa résidence parisienne. Même pas de lettre officielle à Aziz (ruban de la TVM) et ni de visite à la famille de Aziz à l'hôpital militaire de Percy-Clamart. Qui a intérêt à ce qu'une véritable anarchie constitutionnelle s'établit en Mauritanie en cas d'incapacité de Aziz ? Quel est l'intérimaire suivant en cas d'empêchement de Ba Mbaré lui-même ?
Certes, les tristes expériences du 16 mars 1981 et du 8 juin 2003 résonnent encore dans les oreilles de bon nombre de mauritaniens mais la seule incompétence de nos dirigeants civils et militaires ne peut en aucun cas expliquer autant de coîncidences. Les faits, dit-on, sont tenaces.
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